Ci-gît le site Realia.free.fr...

... décédé dans la nuit du 13 au 14 août 2003, des suites d'une attaque de crackeurs à la petite semaine. Ces derniers, s'acharnant avec toute la hargne que l'impuissance donne aux médiocres compulsifs, ont d'abord posté des insanités sur le tagboard et autres liens pornographiques sur le snaplink, avant de me menacer de détruire le site. Aussitôt dit, aussitôt fait : après avoir forcé l'entrée du site et pénétré dans son arborescence, ils ont commencé à supprimer les fichiers et à démanteler le portail. Il m'a donc paru préférable de fermer le site.

Realia.free.fr était un site inoffensif, paisible et, dans son principe, généreux : tout y était offert aux visiteurs et placé en téléchargement et copie libres. J'avais beaucoup de plaisir à bâtir ce site, à le faire vivre et à le faire évoluer au rythme des versions de miniPortail. Je venais d'ailleurs de commencer ma migration en 2.3.

Mais les mous du bulbe ont encore frappé. Pauvres amateurs désoeuvrés et goîtreux, emportés par l'incurable indigence de leur morale asthmatique, sombres crapules à la couardise légendaire, que dis-je, résidus larvesques et décérébrés, à la psychologie aussi peu élaborée que celle de l'huître pas fraîche, ô vagues pestilences ectoplasmiques, avortons rompus à l'art de la destruction massive et minable, enfin sinistres exemplaires de l'homme en proie à sa vomitive veulerie, j'ai nommé : messieurs les crackeurs - ont remporté la partie.

Ainsi va le monde.
Requiescat in pace.




Aux crackeurs qui ne manqueront pas de revenir sur les lieux de leur méfait, comme le chien revient toujours renifler sa pisse, je dédie ce texte, extrait des Chroniques de la haine ordinaire, de Pierre Desproges, dont la verve lucide et corrosive n'a pas fini de nous manquer.

[...] Je hais autant les voleurs que les gendarmes.

Je ne parle pas tant des voleurs professionnels, braqueurs de banque, perceurs de coffres, garagistes, épiciers, etc., qui, certes, s'emparent malhonnêtement du bien d'autrui, mais qui le font avec une conscience professionnelle sur laquelle bien des jeunes gens honnêtes seraient bienvenus de prendre exemple.

Non, je veux parler des voleurs amateurs qui volent n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment, au petit bonheur des portes ouvertes, et qui repartent sans dire merci, en laissant les traces obscènes de leurs pieds boueux sur les draps brodés de grand-mère qu'ils ont jetés à terre pour y chercher l'improbable magot qui sommeille à la banque.

Rappelle-toi, résidu de gouape, reliquat freluquet de sous-truanderie, rappelle-toi cette nuit de printemps où tu es venu polluer ma maison de ton inopportune et minable équipée. Tristement encagoulé de gris, tu viens dans ma maison, la sueur froide sous le bas noir et la pétoire sous le bras. Infoutu de discerner un vase de Sévres d'un cadeau Bonux, tu voles au ras des moquettes un vieux sac à main où l'enfant rangeait les billets de Monopoly et ses dents de lait pour la petite souris. Triste rat, tu voles bien bas.

La maison dort, sauf le vieux cocker tordu d'arthrite et à moitié aveugle qui rêvasse au salon sur son pouf. Il se lève doucement pour aller te lécher un peu, avec cette obstinée dévotion pour nous qui n'appartient qu'aux chiens. Alors toi, pauvre con, tu lui vides en pleine gueule la moitié de ton chargeur de 11,43. Et puis tu files éperdument, veule et cupide gangstérillon de gouttière, la trouille au ventre et chiant sous toi, piaillant aux étoiles les salacités vulgaires attrapées au ruisseau. La nuit résonne encore à mes oreilles du cliquetis métallique de ton sac de toile plein de vaisselle. [...]

Où es-tu aujourd'hui, grêle terreur des chiens mourants ? Sans doute, courageusement abrité derrière ta quincaillerie militaire, es-tu en train de guetter une petite vieille au coin de sa chambre de bonne, pour lui casser la gueule avant de lui prendre sa carte orange et le cadre en inox avec la photo de ses enfants qui ne viennent plus la voir ?

Je ne te souhaite pas forcément la prison, c'est l'engrais où les âmes pustuleuses et les contaminées s'épanouissent en incurables bubons. Je ne te souhaite pas non plus quelque mort légale qui ferait de toi, infime et dérisoire épouvantail de terrain vague oublié, un héros de chevalerie zonarde pour progressistes illuminés, ou pire encore, une raison de se réjouir pour les nostalgiques des ordres noirs.

En réalité, je ne te souhaite ni ne te veux rien. Je tiens seulement à ce que tu saches, Al Capone de poubelle, Mandrin de mes couilles à condition qu'on me les coupe, je veux seulement que tu saches que toute la famille se joint à moi pour te prier d'agréer l'expression de mon plus profond mépris.